Claude Lorent
Réel et virtuel au filtre de l’informatique
2001

Images projetées ou imprimées, l’art numérique s’expose à la Médiatine et au Château Malou à Bruxelles.

Land5-gris-03-01-2001-web72«Evolution révolution – Le numérique nouveau médium de l’art», Galerie de Prêt d’oeuvres d’Art, 45 ch. de Stockel, Bruxelles.

Depuis une bonne dizaine d’années, toutes les manifestations internationales et d’envergure consacrées à l’art contemporain regorgent d’interventions recourant aux nouvelles technologies, le numérique étant en train de reléguer à la salle des archives, la bonne vieille vidéo dont le temps de vie est extrêmement limité. Le phénomène va croissant. L’Allemagne possède déjà son musée, la France forme des ingénieurs de projets Internet; à Vienne, en Autriche, le Festival des Arts électroniques existe depuis bientôt 20 ans. En France, et d’ici la fin de l’année, on n’annonce pas moins d’une centaine d’expositions sur le sujet! En pub, en photo, sur petits écrans et grandes toiles, en famille ou sur le plan professionnel, l’actualité est au numérique, cela fait partie de la révolution désormais permanente de la technologie de pointe. Que les artistes s’en emparent n’a rien de surprenant. Le contraire serait anormal car dans l’état d’esprit prospectif en phase avec les langages du temps vécu, pas un matériau, pas un support, pas un véhicule d’images qui n’ait été, au cours du siècle dernier, passé au crible et à l’expérimentation artistique. Il ne s’agit pas d’opposer une pratique ou une technique à une autre, simplement de se servir des outils du temps présent quand ils sont les plus aptes à répondre aux besoins afin de traiter au plus justement le sujet abordé. Ceci, bien au contraire, ne rend rien obsolète, et rien n’est plus affligeant que l’inadéquation d’utilisation d’un média. Par exemple, la peinture n’est pas là pour imiter l’image Internet! Aborder le numérique aujourd’hui en tant que spécificité, c’est se brancher sur une technique de création dont les ressources sont incommensurables et que peu de plasticiens peuvent maîtriser sans le secours des spécialistes et d’un matériel aussi coûteux qu’ultra-sophistiqué. Ce n’est donc point la panacée universelle, ni le prêt à utiliser de la nouvelle image… à moins de se satisfaire de l’abc à usage du tout public.

L’exposition qui vient de s’ouvrir à la Gpoa ne peut entrer en concurrence, faute de moyens sans doute, avec les manifestations d’envergure, telle notamment la Biennale de Lyon qui fut consacrée aux nouvelles technologies, et ne sera donc que partiellement une référence. Elle a surtout le mérite de soulever, à travers quelques exemples et des conférences, une série d’interrogations sur le sujet.

LA FIN ET LES MOYENS

Sur le plan artistique, la question fondamentale reste celle de la fin et des moyens, jumelée à ce phénomène dont la subtilité échappe aux explications par trop rationnelles, du passage au statut d’oeuvre d’art, dont on sait par ailleurs qu’il est constamment remis en question. Dans le cas présent, la tentation est énorme de se laisser aller, par facilité, par l’éclat de quelques effets, par l’attirance vers des agencements apparemment inédits… à la simple fabrication d’images.

L’AU-DELÀ DE L’IMAGE

Ce serait oublier que chaque pratique se justifie par une nécessité, une logique et une vérité internes, sans lesquelles on se situe dans la fabrication, l’illustration, la démonstration technique, une sorte de savoir faire qui, ici comme ailleurs, n’a rien à voir avec la création artistique dont l’une des caractéristiques est qu’elle échappe à toute emprise purement explicative et qu’elle transcende l’image produite. Les impressions numériques dans l’installation de Ramsa, ne seraient qu’une remarquable réalisation si elles ne prenaient sens dans le tout de l’oeuvre. Aussi parfait soit-il, le cibachrome monumental de Michel Mouffe ne serait qu’une mise en scène réussie, s’il n’était à apprécier à l’aune de l’histoire de la peinture, des relations, du temps et surtout de l’approche chromatique. La remarquable projection de Koen Theys dans l’expo Belgian System (Tour & Taxis), ne serait, sans l’apport original du procédé au contenu, qu’un exercice de style.

Ce n’est ni dans une déclinaison d’images dont on sait qu’elles sont infinies, ni dans les extraordinaires manipulations qui firent les délices des adeptes du photomontage, ni dans le seul fait de traiter du virtuel – l’art ne l’est-il pas par essence? -, que le numérique trouvera sa finalité artistique, c’est lorsqu’il se fait oublier au seul profit de l’oeuvre.

Claude Lorent.

«Evolution révolution – Le numérique nouveau medium de l’art», Galerie de Prêt d’oeuvres d’Art, 45 ch. de Stockel, Bruxelles. Jusqu’au 1er novembre. Du mardi au samedi de 13 à 17h. Conférences-débats les 15 et 22 octobre, projection du film de Pierre Paul Renders «Thomas est amoureux» le 21 octobre à 19h30 à l’Espace Delvaux. Rens.: 02.761.27.67.

© La Libre Belgique 2001

 

Exposition Le numérique, nouveau médium de l’art, évolution, révolution ? GPOA – Chateau Malou & Médiatine, Brussels – 2001

With Pierre Clemens, Aziz & Cucher, Stephan Balleux, Vincen Beeckman, Michel Cleempoel, David Clement, Pierre Cordier, Philippe Decelle, Didier Decoux, Philibert Delecluse, Enrico Tommaso De Paris, Jean-François Diord, Margi Geerlinks, Audrey Gerard, Robert Gligorov, Jean-Marie Mahieu, Matt Marello, Isabelle Martin, Cécile Massart, Michel Mouffe, Jean-Pierre Point, Ramsa, Philippe Seynaeve, Luca Tramontana, Jean Vaden, Thierry Wesel, Carmen Hoyos, Suzanne Treister, Karkkainen & Okkonen. Conferences of Yves Bernard, Catherine Mayeur, Pierre-Paul Renders & Alain Berenboom. From October 1 to November 1.