statement

« Hence, the landscape is not only a structure that can be schematized : it is an operation, a dynamic, permanent interaction between physical and sociological elements.” Gérard Chouquer, L’étude des paysages. Essais sur leurs formes et leur histoire. Paris, Errance, 2000.

Pierre_Clemens_Code_name_Galerie_Nadine_Feront_2016__1592

Untitled, 2015 – Tondo dia. 40cm (15.7in.)

Pierre Clemens’ (Brussels 1970) interest for the idea of landscape arose from a study trip to Athens in the mid-nineties. Back then, in a street, he came across a huge pile of architectural plans from the 50s and 60s. He was immediately drawn to them and took a few with him. Soon afterwards, he developed a series of interventions on these transparent layers, leaving his imprint upon those which the architects had themselves left upon the city.

With this gesture, Pierre Clemens lays the foundation of a reflection on landscape as an idea, that is, as a representation of what is visible or might become visible, either through technical or artistic mediation. This simple gesture is also a radical one: it asks the question of the transition realized during the Renaissance from the idea of land to the highly aesthetic one of landscape, a transition enabled by the artist, in particular through his gaze and his pictorial work.

Since then, the notion of landscape has outgrown the bounds of the pictorial to become, as the excerpt quoted above makes clear, a dynamic operation that problematizes our perception of the multiple parameters and co-existing objects and histories which, through their successive layers, develop this “deep surface” of the landscape.

The work of Pierre Clemens deals with this question of perception: the “worlds” that he develops in series of subtle variations can take the form of highly compressed horizons, otherwise incommensurable to the beholder, or the sudden dilatation of hitherto invisible aspects of reality. Similarly to the sculptures of Anish Kapoor, which throw back to the viewer his distorted perception of reality, Pierre Clemens’ pictorial work plays on the false opposition between natural and man-made landscape, between accident and calculation, and demonstrates the quasi-tautological correspondence between the two.

However, the work of Pierre Clemens does not restrict the question of perception to these theoretical considerations but explores its sensory and corporal dimensions as well. Hence, in his in-situ installations, one observes the use of visual strategies developed by pioneers of Optical Art such as Vasarely or Buren, which produce oscillating and vibratory effects upon the viewer, including vertigo, the repetition of a pattern and its expansion in space destabilizing the viewer’s gaze and his hold upon physical reality.

In this respect, Clemens’ work explores the psycho-physiological dimension of landscape, the effects that it produces on the senses, and thereby asserts the importance of the viewer, of his body, in relation to landscape. Far from being only an object of visual contemplation, landscape is an event singularly occurring in the body of those who are exposed to it.

From this point of view, the key, exciting contribution of the work of Pierre Clemens is question our perception of reality by exposing us to the dynamic effects of the many landscapes produced by society. These landscapes, which have become more complex, instable, resulting from a chain of technical mediations that are hard to trace, Clemens does not attempt to represent them – rather, he attempts a synthesis, a silent and economical compression, then orchestrates its dilatation in space, exposing us to the effects.

By Hadelin Feront – Curator – 2015

« Or, le paysage n’est pas seulement une structure que l’on peut schématiser : il est un fonctionnement, une interaction dynamique permanente entre des éléments physiques et des éléments sociaux » Gérard Chouquer, L’étude des paysages. Essais sur leurs formes et leur histoire. Paris, Errance, 2000.

Pierre_Clemens_Code_name_Galerie_Nadine_Feront_2016__1592

Untitled, 2015 – Tondo dia. 40cm (15.7in.)

L’intérêt que porte Pierre Clemens (Bruxelles 1970) pour l’idée de paysage vient d’un séjour d’étude entrepris à Athènes au début des années 1990. À l’époque, au détour d’une rue, il tombe par hasard sur une montagne de plans architecturaux datant des années 50 et 60. Ceux-ci l’interpellent immédiatement, et il en ramasse quelques-uns. Par la suite, il développera une série d’interventions sur ces calques translucides, superposant son empreinte à celles que les architectes avaient eux-mêmes laissées sur la ville.

Avec ce geste, Pierre Clemens pose le fondement d’une réflexion sur le paysage comme idée, c’est à dire comme représentation de ce qui est visible ou peut devenir visible, soit par le biais d’une médiation technique ou bien artistique. Ce geste simple est également radical : il pose la question de la transition opérée à la Renaissance de la notion de pays à celle, hautement esthétique, de paysage, transition elle-même rendue possible par le travail de l’artiste, c’est à dire par son regard et son intervention picturale.

La notion de paysage s’est depuis largement émancipée du cadre pictural pour devenir, comme le souligne l’extrait cité plus haut, un ensemble dynamique qui problématise la perception que nous avons de paramètres multiples et d’objets co-existants, voir même d’histoires co-existantes ou superposées les unes aux autres pour former cette surface profonde qu’est nécessairement un paysage.

Le travail de Pierre Clemens s’intéresse à ce problème de perception : les « mondes » qu’il décline se présentent tantôt comme des compressions d’horizons incommensurables, et ailleurs comme la dilatation soudaine d’aspects jusque-là invisibles du réel. Comme le travail sculptural d’Anish Kapoor renvoie à celui qui le regarde l’image tordue de sa perception du réel, le travail pictural de Clemens joue sur la fausse opposition entre le paysage naturel et le paysage humain, entre l’accident et le calcul, et démontre la correspondance quasi-tautologique qui s’opère entre l’un et l’autre.

Toutefois, le travail de Pierre Clemens ne limite pas la question de la perception à ces considérations théoriques mais s’intéresse aussi à sa dimension sensorielle et corporelle. Ainsi, dans ses installations in-situ, on observe l’utilisation de stratégies visuelles développées par des pionniers de l’Op Art comme Vasarely et Buren, produisant des effets d’oscillation et de vibration, voir de vertige, la répétition d’un schéma et son expansion dans l’espace produisant un effet d’incommensurabilité pour l’œil humain.

Ce faisant, Clemens explore la dimension psycho-physiologique du paysage, les effets que celui-ci produit sur les sens, et affirme la place centrale de celui qui regarde, de son corps, par rapport au paysage. Loin d’être seulement un objet de contemplation visuelle, le paysage est un phénomène se produisant singulièrement dans le corps de celui qui y est exposé.

De ce point de vue, l’apport déterminant, excitant de l’œuvre de Pierre Clemens, est de remettre en question notre perception du réel en nous exposant aux effets dynamiques des nombreux paysages produits par notre société. Ces paysages, de plus en plus complexes, instables, résultants d’une chaîne de médiations techniques difficilement traçables, Clemens ne prétend pas les représenter – plutôt, il en réalise une synthèse, une compression économe et silencieuse, et en orchestre ensuite la dilatation dans l’espace, nous exposant à leurs effets.

par Hadelin Feront – Curateur – 2015