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Pierre Clemens par Jack Keguenne – Septembre 2003-09-25
Du plus loin que je connaisse cette œuvre encore jeune, et malgré la diversité des techniques utilisées où en dépit des apparences, je constate que c’est avec une grande cohérence que s’affirme le travail de Pierre Clemens. Son approche est sans doute plus intuitive que réfléchie – mais ceci ne nuit en rien au résultat – car lui-même peine un peu à établir un fil conducteur entre ses différentes recherches. Et pourtant…
Ses premiers tableaux, des vues en contre-plongée de tables ou de chaises, de figurations, proposaient déjà cette bascule du regard, cette contemplation des hauteurs, dans une mise en perspective inhabituelle qui préfigurait les paysages qu’il crée aujourd’hui par image de synthèse. Entre-temps, il est intervenu sur des cartes postales et a corrigé ces prises de vues banales pour touristes en badigeonnant de noir certaines parties de l’image pour en remodeler complètement les masses et donner à découvrir des paysages mixtes entre photographie au ras du réel et peinture abstraite. Ces interventions étaient minimales, composées de formes simples, et cette économie de moyens demeure une constante chez Clemens qui préfère utiliser la répétition d’un procédé en maintenant chaque pièce dans une relative discrétion. En effet, les apparences pourraient tromper, ce qui est en jeu dans ce travail relève bien moins des aspects plastiques que de l’émotion et, à cet égard, il touche à l’intime même lorsqu’il prend des dimensions monumentales.
Peintre, dessinateur, créateur d’images, Pierre Clemens ne néglige certes pas les lois et les contraintes du langage plastique, mais ce travail m’apparaît comme un prétexte, une voie, dans la recherche d’une expression fort négligée de nos jours, celle qui touche au sentiment du Sublime. Peut-être reste-t-il un romantique à une époque qui l’est fort peu mais Clemens tente de rencontrer, de susciter, l’impression du grandiose, il recherche cette élévation de l’esprit désireux de saisir ce qui le dépasse; pas question de spiritualité bien sûr, on reste sur terre devant les masses majestueuses de paysages montagneux ou désertiques, quitte à ce qu’ils soient fabriqués de toutes pièces à l’ordinateur et représentés sous une forme imposante mais énigmatique. Devant ces spectacles, on cherche aussi bien son souffle qu’on accepte de se trouver abasourdi, ramené, comme je le disais, à l’intime, entre étonnement et jubilation.
Ce n’est donc pas a contrario de cette impression d’immensité, de ce sens du vaste, mais dans le prolongement de ce trouble intérieur que l’autre versant du travail de Pierre Clemens aborde les vanités. Dépassé par les démesures de la nature, l’homme ne peut que se retourner vers lui-même et s’interroger sa place, son statut temporaire, en sursis. Ainsi, Clemens aborde-t-il, entre autres, l’autoportrait, en manière de se confronter au temps et à l’espace, aux questions de la représentation. Manière aussi d’interroger le réel car les vanités sont remplies d’illusions, le portrait n’a qu’une valeur éphémère et les images créées de toutes pièces jettent le désordre dans nos repères. Et Clemens de poursuivre dans cette veine en montrant des paysages rocailleux construit à partir de la forme d’un crâne humain. Il tisse ainsi un lien fécond entre l’organique et le minérale, aller et retour puisqu’à d’autres moments il dessine des figures humaines aux allures de galets et qui, eux-mêmes, n’émergent qu’en traces d’encre de Chine dans une métamorphose continue.
Il y a, chez Pierre Clemens, la manifestation d’une exigence au monde qui déborde largement le cadre discret de chaque œuvre et un plaisir de créer en taquinant le tragique. Ici, pas de vision absolue mais un usage des fragments qui s’invente un vocabulaire puis finit par établir un inventaire, construire une identification entre le portrait et le paysage car aux deux nous faisons face et il s’agit bien alors de convoquer le regard, soit contemplatif soit méditatif. Dans tous les cas, il s’agit de faire surgir la force de l’émotion, d’amener à un retour sur moi-même et de garder intact le plaisir de l’émerveillement.
Jack Keguenne, septembre 2003.
As far as I know, Pierre Clemens' work is still in its infancy, and despite the diversity of the techniques he uses, or despite appearances to the contrary, there is a great deal of coherence in his work. His approach is undoubtedly more intuitive than considered - but this in no way detracts from the result - because he himself struggles a little to establish a common thread between his various research projects. And yet...
His first paintings, low-angle views of tables or chairs, of figures, already suggested this tilting of the gaze, this contemplation of heights, in an unusual perspective that prefigured the landscapes he creates today using computer-generated images. In the meantime, he has worked on postcards, correcting these banal shots for tourists by smearing certain parts of the image with black to completely reshape the masses and reveal landscapes that are a mixture of real photography and abstract painting. These interventions were minimal, composed of simple forms, and this economy of means remains a constant for Clemens, who prefers to use the repetition of a process while keeping each piece relatively discreet. In fact, appearances can be deceiving; what is at stake in this work is much less about the plastic aspects than about emotion and, in this respect, it touches on the intimate even when it takes on monumental dimensions.
As a painter, draughtsman and creator of images, Pierre Clemens certainly does not neglect the laws and constraints of plastic language, but this work seems to me to be a pretext, a path, in the search for an expression that is much neglected these days, that which touches on the feeling of the Sublime. Perhaps he remains a romantic in an age that is hardly romantic at all, but Clemens tries to encounter, to arouse, the impression of the grandiose, he seeks that elevation of the spirit eager to grasp what is beyond it; no question of spirituality of course, we remain on earth in front of the majestic masses of mountain or desert landscapes, even if they are fabricated from scratch on the computer and represented in an imposing but enigmatic form. In the face of these spectacles, you can't help but gasp for breath and find yourself stunned, drawn back, as I said, to the intimate, between astonishment and jubilation.
So it is not in contrast to this impression of immensity, this sense of the vast, but as an extension of this inner turmoil that the other side of Pierre Clemens's work tackles the vanities. Overwhelmed by the excesses of nature, man can only turn in on himself and question his place, his temporary status, on borrowed time. In this way, Clemens tackles, among other things, the self-portrait, as a way of confronting time and space, and questions of representation. It's also a way of questioning reality, because the vanities are full of illusions, the portrait has only ephemeral value, and the images created from scratch throw our reference points into disarray. Clemens continues in this vein, showing rocky landscapes constructed from the shape of a human skull. In this way, he weaves a fertile link between the organic and the mineral, going back and forth as at other times he draws human figures in the guise of pebbles, which themselves emerge only as traces of Indian ink in a continuous metamorphosis.
In Pierre Clemens's work, there is a demand on the world that goes far beyond the discreet framework of each work, and a pleasure in creating that teases out the tragic. Here, there is no absolute vision, but a use of fragments that invents a vocabulary and then ends up drawing up an inventory, constructing an identification between portrait and landscape, because we are faced with both, and it is a question of summoning the gaze, whether contemplative or meditative. In all cases, it's a question of bringing out the force of emotion, of bringing about a return to myself and keeping intact the pleasure of wonder.
Jack Keguenne, September 2003.
Voor zover ik weet staat het werk van Pierre Clemens nog in de kinderschoenen en ondanks de diversiteit van de technieken die hij gebruikt, of ondanks de schijn van het tegendeel, zit er veel samenhang in zijn werk. Zijn aanpak is ongetwijfeld meer intuïtief dan weloverwogen - maar dat doet niets af aan het resultaat - want hij worstelt zelf een beetje om een rode draad te trekken tussen zijn verschillende onderzoeksprojecten. En toch...
Zijn eerste schilderijen, kijkjes onder een lage hoek van tafels of stoelen, van figuren, suggereerden al deze kanteling van de blik, deze beschouwing van hoogtes, in een ongebruikelijk perspectief dat de voorbode is van de landschappen die hij vandaag creëert met behulp van computergegenereerde beelden. In de tussentijd werkte hij aan ansichtkaarten, corrigeerde hij deze banale opnamen voor toeristen door bepaalde delen van het beeld zwart te maken om de massa's volledig te vervormen en landschappen te onthullen die een mengeling zijn van echte fotografie en abstracte schilderkunst. Deze ingrepen waren minimaal en bestonden uit eenvoudige vormen, en deze economie van middelen blijft een constante voor Clemens, die de voorkeur geeft aan de herhaling van een proces terwijl elk stuk relatief discreet blijft. In feite kan schijn bedriegen; het gaat in dit werk veel minder om de plastische aspecten dan om de emotie en in dit opzicht raakt het aan het intieme, zelfs als het monumentale dimensies aanneemt.
Als schilder, tekenaar en schepper van beelden verwaarloost Pierre Clemens zeker niet de wetten en beperkingen van de plastische taal, maar dit werk lijkt me een voorwendsel, een weg, in de zoektocht naar een expressie die tegenwoordig veel verwaarloosd wordt, die het gevoel van het Sublieme raakt. Misschien blijft hij een romanticus in een tijd die nauwelijks romantisch is, maar Clemens probeert de indruk van het grandioze te ontmoeten, op te wekken, hij zoekt naar die verheffing van de geest die staat te popelen om te vatten wat daarbuiten is; geen sprake van spiritualiteit natuurlijk, we blijven op aarde voor de majestueuze massa's van berg- of woestijnlandschappen, zelfs als ze vanaf nul op de computer zijn gefabriceerd en in een imposante maar raadselachtige vorm worden weergegeven. Bij dit spektakel kun je niet anders dan naar adem snakken en je verbijsterd voelen, teruggetrokken, zoals ik al zei, naar het intieme, tussen verbazing en jubel.
Het is dus niet in tegenstelling tot deze indruk van immensiteit, dit gevoel van het weidse, maar in het verlengde van deze innerlijke beroering dat de andere kant van het werk van Pierre Clemens de ijdelheden aanpakt. Overweldigd door de excessen van de natuur kan de mens zich alleen maar in zichzelf keren en vraagtekens zetten bij zijn plaats, zijn tijdelijke status, op geleende tijd. Op deze manier pakt Clemens onder andere het zelfportret aan, als een manier om tijd en ruimte en vragen over representatie te confronteren. Het is ook een manier om de realiteit in vraag te stellen, want de ijdelheden zitten vol illusies, het portret heeft slechts kortstondige waarde en de beelden die vanuit het niets worden gecreëerd, gooien onze referentiepunten overhoop. Clemens gaat op deze weg verder en toont rotslandschappen die zijn opgebouwd uit de vorm van een menselijke schedel. Op deze manier weeft hij een vruchtbare band tussen het organische en het minerale, waarbij hij heen en weer gaat, terwijl hij op andere momenten menselijke figuren tekent in de gedaante van kiezelstenen, die zelf alleen tevoorschijn komen als sporen van Oost-Indische inkt in een voortdurende metamorfose.
In het werk van Pierre Clemens is er een vraag naar de wereld die veel verder gaat dan het discrete kader van elk werk, en een plezier in het creëren dat het tragische naar boven haalt. Hier is er geen absolute visie, maar een gebruik van fragmenten dat een vocabulaire uitvindt en vervolgens een inventaris opmaakt, een identificatie tussen portret en landschap construeert, omdat we met beide worden geconfronteerd en het een kwestie is van het oproepen van de blik, of die nu contemplatief of meditatief is. In alle gevallen gaat het erom de kracht van de emotie naar boven te halen, een terugkeer naar mezelf te bewerkstelligen en het plezier van de verwondering intact te houden.
Jack Keguenne, september 2003.
Soweit ich dieses noch junge Werk kenne, und trotz der Vielfalt der verwendeten Techniken oder trotz des äußeren Anscheins, stelle ich fest, dass sich die Arbeit von Pierre Clemens mit einer großen Kohärenz behauptet. Sein Ansatz ist zweifellos eher intuitiv als durchdacht - aber das tut dem Ergebnis keinen Abbruch -, denn er selbst hat ein wenig Mühe, einen roten Faden zwischen seinen verschiedenen Forschungen herzustellen. Und dennoch ...
Schon seine ersten Bilder, Untersichtansichten von Tischen oder Stühlen, von Figurationen, boten dieses Kippen des Blicks, diese Betrachtung der Höhe in einer ungewöhnlichen perspektivischen Anordnung, die die Landschaften vorwegnahm, die er heute mit Hilfe von Computergrafiken schafft. In der Zwischenzeit griff er in Postkarten ein und korrigierte diese banalen Aufnahmen für Touristen, indem er bestimmte Teile des Bildes mit schwarzer Farbe bestrich, um die Bildmassen völlig neu zu gestalten und Landschaften zu zeigen, die eine Mischung aus realitätsnaher Fotografie und abstrakter Malerei darstellten. Diese Eingriffe waren minimal und bestanden aus einfachen Formen, und diese Sparsamkeit der Mittel bleibt eine Konstante bei Clemens, der es vorzieht, die Wiederholung eines Verfahrens zu nutzen und jedes Stück in relativer Diskretion zu halten. Der Schein könnte trügen, denn bei dieser Arbeit geht es weit weniger um plastische Aspekte als um Emotionen, und in dieser Hinsicht berührt sie das Intime, selbst wenn sie monumentale Ausmaße annimmt.
Als Maler, Zeichner und Bildschöpfer vernachlässigt Pierre Clemens sicherlich nicht die Gesetze und Zwänge der plastischen Sprache, aber diese Arbeit erscheint mir wie ein Vorwand, ein Weg, auf der Suche nach einem Ausdruck, der heutzutage stark vernachlässigt wird, nämlich dem Gefühl des Erhabenen. Vielleicht ist er immer noch ein Romantiker in einer Zeit, in der es kaum noch Romantiker gibt, aber Clemens versucht, den Eindruck des Grandiosen zu erwecken, er sucht diese Erhebung des Geistes, der das erfassen will, was über ihn hinausgeht; natürlich geht es nicht um Spiritualität, man bleibt auf der Erde vor den majestätischen Massen von Berg- oder Wüstenlandschaften, selbst wenn sie am Computer aus dem Nichts geschaffen und in einer imposanten, aber rätselhaften Form dargestellt werden. Angesichts dieser Darbietungen sucht man nach Atem und akzeptiert, dass man verblüfft ist und, wie ich bereits sagte, auf das Innerste zurückgeworfen wird, zwischen Erstaunen und Jubel.
Die andere Seite der Arbeit von Pierre Clemens befasst sich also nicht im Gegensatz zu diesem Eindruck der Unermesslichkeit, diesem Sinn für das Weite, sondern als Fortsetzung dieser inneren Unruhe mit den Eitelkeiten. Überwältigt von den Unmaßen der Natur kann der Mensch nicht anders, als auf sich selbst zurückzublicken und sich nach seinem Platz, seinem vorübergehenden, aufschiebenden Status zu fragen. So befasst sich Clemens unter anderem mit dem Selbstporträt, als eine Art der Auseinandersetzung mit Zeit und Raum, mit Fragen der Repräsentation. Er stellt auch die Realität in Frage, denn Eitelkeiten sind voller Illusionen, das Porträt ist nur von flüchtigem Wert und die aus dem Nichts geschaffenen Bilder bringen unsere Orientierungspunkte durcheinander. Clemens setzt diese Linie fort, indem er steinige Landschaften zeigt, die aus der Form eines menschlichen Schädels konstruiert sind. Er knüpft so eine fruchtbare Verbindung zwischen dem Organischen und dem Mineralischen, hin und her, denn zu anderen Zeiten zeichnet er menschliche Figuren, die wie Kieselsteine aussehen und selbst nur als Tuschespuren in einer ständigen Metamorphose auftauchen.
Bei Pierre Clemens zeigt sich ein Anspruch an die Welt, der weit über den diskreten Rahmen eines jeden Werkes hinausgeht, und eine Freude am Schaffen, die das Tragische neckt. Hier gibt es keine absolute Vision, sondern eine Verwendung von Fragmenten, die ein Vokabular erfinden und schließlich ein Inventar erstellen, eine Identifikation zwischen Porträt und Landschaft herstellen, denn beiden stehen wir gegenüber und es geht darum, den Blick aufzurufen, sei es kontemplativ oder meditativ. In jedem Fall geht es darum, die Kraft der Emotionen hervorzurufen, eine Selbstreflexion zu bewirken und die Freude am Staunen zu bewahren.
Jack Keguenne, September 2003.